mardi 29 novembre 2011

Lettre à Vous #02


Le temps glisse sur ma peau, et l’eau coule tel un ruisseau.

Brillants, sur le canapé, devant moi, la douceur des coussins remplis de promesses, leur couleur foncée me rappelle les enfers et pourtant, quel paradis de vouloir si blottir, recroquevillée et ne plus penser, s’arrêter.
Reprendre son souffle.
Derrière moi, je ne sais plus, peut être bien le Diable, sans ses enfers, qui s’enfonce en moi, sans répit, touche jusqu’à mes entrailles, entrave mon âme, ne pense plus et ne s’arrête pas.
Le souffle court.
Mes pensées sont floues, tout comme ma vue, mes yeux, inondés. Mes prières résonnent dans mon crâne à coup de va et vient, elles se cognent, s’écrasent, et meurent.
Ma voix qui résonne, qui supplie un temps, un instant, un court moment de  diminuer la cadence. Ma gorge avale ce qu’il lui reste de vagues de courage.
Le corps entièrement démembré, mes bras à mon dos, mes jambes n’existent plus, seule persiste, va et revient, la douleur de vous avoir au fond, tout au fond de moi.

Dans mon monde, qui ne vous supplie plus, il y a la douceur, le calme et non plus ces suffocations étouffées par les coussins, non plus votre voix et vos mots que je ne reconnais pas.
Avant, avant, il y avait, bien avant cela…
…………….

Quelques mots écrits de vos doigts, laissant présager mille caresses et cent mille baisers doux au creux du cou, quand nos corps se retrouveront. Je vous confie mes songes tout à l’opposé, mon envie bestiale, la meute et mon désir de laper, lécher tout ce qui passe sur ma langue, pourvu que ce soit chaud et que je puisse l’engloutir ou laisser couler au fond de ma gorge.

Le cœur léger, je viens à votre rencontre, m’apprêtant à satisfaire votre désir de douceur et à mettre en berne mes idées lubriques.
Mais tout ceci sans compter vos envies cachées et votre écoute qui, ce jour là a bien entendu de quoi retournaient mes songes…

A peine le temps d’enfiler mon serre taille – pour vous faire plaisir – que mon corps se retrouve encordé, lui qui s’était préparé aux monceaux de douceur à vous offrir et à recevoir. Il se tend et mon cœur se fend face à l’évidence de ce qui va suivre.

Vos paroles parviennent à mes oreilles, je ne les entends pas, pourtant. Je reste muette après que vous ayez brûlé ma gorge à coup d’alcool. Un fin ruisseau de celui-ci déborde de mes lèvres, vient se jeter sur ma poitrine et finit sa course entre mes jambes, là où l’océan de mes désirs n’a plus de frontière. Je brûle et tente d’étouffer ma toux.

A genoux sur le sol, mon esprit tente de trouver un moyen de vous arracher un baiser, un doux et rassurant, qui certes ne serait pas suffisant, mais viendrait là remplacer ce dont j’ai tant besoin, vos bras autour de moi. Rien ni personne ne m’étreint, les cordes seulement, tendues, qui joignent mes bras et forment un V jusqu’au bas de mon échine.

Le temps du cuir glisse sur ma peau. Une première, une seconde et bien quatre fois s’il le faut, pour avoir omis de prononcer LE mot par défaut. Comme je le hais ce mot, qui ne vous donne aucune identité, rien. Ma bouche finit par le sortir, non sans mal, comme on vomit pour se libérer.

L’eau coule tel un ruisseau, entre mes cuisses, quand je sais votre regard sur moi, à vous offrir la falaise de mon échine, les monts de mes fesses levées, à genoux sur la table, n’ayant pour me retenir que mes épaules enfoncées dans les coussins devant moi. Il m’est interdit de croiser votre regard et pourtant, combien j’aimerais y déceler ce qui vous anime à ce moment, ce qui se trame dans votre tête, comment en est on arrivé là. J’entends dans votre bouche des mots toujours plus forts, des brides de mots, mon esprit ne voulant pas les entendre, ne pas sombrer et perdre l’innocence. Mon corps me trahit, j’ai l’eau à la bouche et les vagues de mon océan se font plus pressantes. Alors que je me souviens de ce que j’ai pu écrire en vous contant mes songes, vos phrases deviennent plus claires.

J’abandonne mes pensées et m’en remets à vous. Je m’abandonne, échouée sur le sable, vous me ramassez, il y a tous ces gens autour de nous, toute la meute. Ils hurlent et veulent dépasser les barrières qui les séparent de nous. Il y a toutes ces choses qui glissent et vacillent en moi, qui vont et reviennent, titillent sans que je puisse les contrôler. Vous souriez, je crois, je ne sais pas, je ne suis plus là, ne sais plus qui ou quoi je suis, ma dépouille tremble entièrement, mais ma bouche elle, a soif, soif de vous.

Vos dires précédents me reviennent comme un coup poignard, bientôt, je serai cette chienne que vous prendrez sans attendre, sans prévenir, sans vous arrêter. Je crie pour faire taire ces mots qui résonnent, les oublier et ne plus avoir leurs souvenirs lancinants. Je crie de plaisir à sentir tout mon royaume pénétré de vos désirs et n’ayant qu’une hâte, être votre chienne, vous lécher à vos pieds et vous laisser fendre mes fesses jusqu’à mon dernier souffle.

Quelques uns de mes rires s’évanouissent sur le planché. Ma frustration de ne pas pouvoir glisser mes doigts entre mes jambes, de ne rien pouvoir atteindre si ce n’est avec ma bouche est telle, que je ris, sans doute nerveusement, pour accompagner mon corps qui, se cambre et sursaute sous le poids de l’envie et du plaisir. Vos doigts visitent ma bouche et me rappelle ma culpabilité.  La plaisanterie ayant assez duré, ma gorge vous accueille, stoppant les cris et les rires, faisant perler encore une fois des gouttes salés sous mes yeux. Vous la quittez cependant brutalement, sans que je n’aie pu étancher suffisamment ma soif.

Debout, la pièce n’a plus vraiment d’angle, tout tourne, mes jambes s’écartent et mon dos se creuse, à l’intérieur de moi, l’objet froid et doux qui ne me fait pas oublier qu’il sera vite remplacer par le sceptre de mon roi, chaud et frénétique. Ma parure féminine tels des fruits suspendus ronds et doux vous est offerte, vous y accrochez vos doigts et tirez, tournez, jouez alors que mes cris se font de plus en plus entendre sous la pression. Les paupières se plient et la mâchoire se serre, mon corps n’arrive plus à suivre ni l’envie ni le désir qui l’anime, il est prêt à vaciller.

Brillants, sur le canapé, leurs coussins et leurs enfers, je sais ce qui m’attend, vous me l’avez bien répété, encore et encore, ou serait ce plutôt mon esprit impatient qui rendait échos vos mots.

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