L’espace me recouvre
entièrement, dans une bulle imaginaire, un instant, une éternité, j’attends.
Quelques échos me parviennent du monde de dehors, ailleurs, là où personne ne
soupçonne mon attente, mes liens et mes interrogations. Ils sont partis, me laissant
seule, mon ouïe, mon odorat en effervescence, ma vue bâillonnée, mon esprit en
proie au doute où l’imagination bouillonne. Sous mes pieds, un doux manteau de
laine, chaud, comme le divan où sont posées mes fesses nues. Les doigts mobiles
et poignets liés, j’explore et effleure timidement à mes cotés le rebondi d’une
banquette qui sitôt, embrasse le flanc de mon corps que j’y dépose
doucement. Sans un bruit, innocemment, les sens toujours en alerte. Les
effluves délicatement parfumées du tissu parviennent à mes narines et me
racontent les histoires d’un temps passé. Quand la belle, attendant son amant,
poudrait son teint porcelaine, ajoutant une touche de rouge à ses lèvres. Quand
d’autres, ne connaissant pas l’attente, n’ont pas pris le temps de caresser ce
divan, préférant flatter les corps et s’abandonner après avoir livré la
bataille des plaisirs. Des histoires qui ne m’appartiennent pas et qui pourtant
me touchent, lointaines, imprimées dans la mémoire des chairs tissées. Soudain,
la pièce jadis muette fait craquer son planché et bavarde quelques frottements
qui m’arrachent à ma rêverie… Tout mon
être se redresse, assis, les pieds joints, à l’écoute du moindre souffle de vie
alentours. Les minutes passent, lentes et silencieuses et calment mon éveil
jusqu’à recoucher mon corps animal sur ma couche aux milles contes
d’antan. Alors qu’un parfum suave et familier vient balayer toutes les senteurs
inconnues, un craquement, encore un, suffit à me persuader qu’il provient d’ici,
tout près.
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