vendredi 20 juillet 2012

Les mélodies du crépuscule /part IV


    L’espace me recouvre entièrement, dans une bulle imaginaire, un instant, une éternité, j’attends. Quelques échos me parviennent du monde de dehors, ailleurs, là où personne ne soupçonne mon attente, mes liens et mes interrogations. Ils sont partis, me laissant seule, mon ouïe, mon odorat en effervescence, ma vue bâillonnée, mon esprit en proie au doute où l’imagination bouillonne. Sous mes pieds, un doux manteau de laine, chaud, comme le divan où sont posées mes fesses nues. Les doigts mobiles et poignets liés, j’explore et effleure timidement à mes cotés le rebondi d’une banquette qui sitôt, embrasse le flanc de mon corps que j’y dépose doucement. Sans un bruit, innocemment, les sens toujours en alerte. Les effluves délicatement parfumées du tissu parviennent à mes narines et me racontent les histoires d’un temps passé. Quand la belle, attendant son amant, poudrait son teint porcelaine, ajoutant une touche de rouge à ses lèvres. Quand d’autres, ne connaissant pas l’attente, n’ont pas pris le temps de caresser ce divan, préférant flatter les corps et s’abandonner après avoir livré la bataille des plaisirs. Des histoires qui ne m’appartiennent pas et qui pourtant me touchent, lointaines, imprimées dans la mémoire des chairs tissées. Soudain, la pièce jadis muette fait craquer son planché et bavarde quelques frottements qui m’arrachent à ma rêverie…  Tout mon être se redresse, assis, les pieds joints, à l’écoute du moindre souffle de vie alentours. Les minutes passent, lentes et silencieuses et calment mon éveil jusqu’à  recoucher mon corps animal sur ma couche aux milles contes d’antan. Alors qu’un parfum suave et familier vient balayer toutes les senteurs inconnues, un craquement, encore un, suffit à me persuader qu’il provient d’ici, tout près.

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